Football Féminin : Entre préjugés, sexisme et petits boulots (Partie 1)

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Le football féminin ne parle pas à tout le monde, et n’attire pas grande foule. Si vous pensiez y retrouver des talons hauts, des décolletés, du maquillage et compagnie, vous allez être déçu ! En revanche, bienvenue dans le sport où la femme n’hésite plus à se salir et jouer des coudes…

Ces quatre dernières années ont été marquées par la montée en puissance du football féminin en France, notamment avec le grand parcours de l’équipe de France aux Mondiaux, et le sacre européen des Lyonnaises. L’engouement suscité a prit de l’ampleur, mais ne convient pas à la hauteur de leurs performances. Pourquoi ? C’est ce que nous allons essayer de comprendre.

Si l’ont demandait à des fans de football, quelle personne a été la plus capée en équipe de France, les réponses seraient sans doute toutes fausses. Lilian Thuram ? Raté. Thierry Henry ? Raté. Marcel Dessailly ? Non plus. La personne la plus sélectionnée en Equipe de France est tout simplement une femme : Sandrine Soubeyrand, avec 189 sélections, contre 142 sélections pour le plus capé des hommes, Lilian Thuram.

Une autre ? Le meilleur buteur de l’équipe de France ? Les fans affirment que Thierry Henry est le plus grand attaquant des Bleus avec 51 buts. Détrompez-vous ! Le goaléador français reste l’emblématique Marinette Pichon avec 81 buts. Record à battre, et pas prêt d’être battu.

Sandrine Soubeyrand, recordman de sélections et capitaine des Bleues – ©LeMonde.fr

Alors pour quelles raisons ces records restent encore inconnus du grand public ? Les joueuses, les sociologues du sport, les encadrants se rejoignent tous : le sport est le miroir de notre société, sexiste, et stéréotypé. Voilà pourquoi de nombreuses personnes se lient avec le sport féminin, pour le défendre, et ainsi faire progresser l’égalité auprès de milliers de sportives et supportrices. Tout ceci dans l’espoir qu’un jour, les Français puissent se retrouver tous ensemble derrière une équipe de femmes, aussi bien que derrière une équipe d’hommes, et promouvoir une autre vision de notre société.

1941, le régime de Vichy interdit le football féminin

Pour mieux comprendre ce problème, il faut revenir à l’époque où les femmes ont dû se battre pour pouvoir pratiquer le football.  La pratique du foot féminin aurait été jouée pour la première fois au Havre en 1882, et des centaines de femmes y auraient pris goût. Sauf qu’à cette époque-ci, les femmes doivent s’occuper de la maison, des enfants, en bonnes mères de famille.
C’est pourquoi, en 1936, le secrétaire d’Etat à l’Education physique déclare : « Mon avis est net : il y a des sports pour la femme et des sports qui ne peuvent guère être utiles à son développement physique. Dans la première catégorie, je classerai le tennis, la natation et le basket-ball. Mais n’attendez pas de moi que je fasse pour le football et la barrette, le même effort. » La politique ne veut pas de la femme footballeuse, et compte bien se faire entendre. S’en suit en 1941 le régime de Vichy, interdisant à la femme de pratiquer le football, jusque dans les années 1965 où le football féminin est enfin reconnu par la Fédération de Football.

L’une des premières Equipe de France féminine en 1970 – ©Ffissy.net

Le sport et la politique sont deux fonctions que les hommes se sont octroyées. Le sport a valeur d’initiation chez les hommes. Pour qu’un garçon devienne un homme, il y a des épreuves qu’il doit passer. Or, les performances sportives en font clairement partie.  Mais si ce sport est réservé aux garçons, n’est-ce pas parce que c’est un lieu de pouvoir où l’on peut y démontrer sa force ? Des inégalités flagrantes entre le foot masculin et féminin dues à des préjugés sexistes et des croyances archaïques : les femmes seraient par exemple trop douces, trop peu combatives pour jouer au football. Et ce sont même ces croyances qui ont si longtemps laissé les femmes en dehors du monde du travail, de la politique, et du savoir. Et bien malheureusement, les ennemis des droits des femmes dans le football masculin sont bien souvent les mêmes que les ennemis du football féminin…

Les stéréotypes ne sont pas morts

A l’heure actuelle, le football  a une influence sur la reproduction des stéréotypes de genre dans la société, et la société a une influence sur la perpétuation du football comme sport réservé aux hommes. Ces enjeux traversent toute la société, tant le football est présent dans les médias, et tant sa pratique est répandue. Le premier constat que l’on peut faire est que l’image que les responsables et les publicitaires aimeraient pouvoir donner des footballeuses est celle de femmes féminines, « sexy », voire « douces »… Soit l’exact opposé du footballeur viril.

L’historien Xavier Breuil, auteur de l’ouvrage « L’Histoire du football féminin en Europe », confirmait dans Libération que l’engouement médiatique du football féminin n’était pas une surprise, mais qu’elles sont maintenant dans l’obligation de résultats pour continuer à faire parler d’elles. « Cela dépend complètement des bons résultats de l’équipe de France. Il faudra attendre la prochaine Coupe du Monde 2015 au Canada pour qu’on en reparle à nouveau, ou alors il faut gagner la Ligue des Champions chaque année. Lors du match France-Allemagne, il y avait 300000 spectateurs pour le matchs des femmes, et 16 millions de l’autre, ce n’est pas comparable. Quand l’équipe masculine gagne, on s’identifie aux joueurs. Et, en France, on ne veut pas s’identifier aux femmes. En sport, mais aussi dans d’autres domaines, comme la politique.»

De son côté, la capitaine des Bleues, Sandrine Soubeyrand affirme ces préjugés dans les colonnes du Parisien en 2011 : « Les médias essayent de mêler à la fois le sport et la féminité. C’est une manière de légitimer la pratique au sein du public féminin. C’est dommage, mais on a pas le choix.»
Alors certes, le football féminin se porte mieux. Mais n’est pas complètement résolu, comme le souligne l’enquête de Mediaprism-Laboratory, parue en 2011 : 37% des femmes et 33% des hommes affirment encore qu’ils seraient chagrinés que leur fille demande à être inscrite dans un club de football. Les préjugés ne sont pas morts… et ne le seront sans doute jamais.

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Article rédigé par un ancien rédacteur qui ne fait malheureusement plus partie de la Team. Pour des raisons d'optimisation, ces articles sont transférés sur un compte unique au nom de Wallabet. Nous tenons tout de même à remercier le rédacteur qui a rédigé ce billet.

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