Millwall : les pintes, les potes, le foot

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Matthew Little est fan du mythique club anglais de Millwall, il nous raconte à travers son vécu et son œil de passionné les dérives, la joie et la peur que lui fait vivre le club du sud de Londres depuis des décennies jusqu’à aujourd’hui. Sans prise de tête, un franc parler et un humour « so british », interview d’un passionné :

– Matthew, depuis quand supportes-tu le club de Millwall ?

J’avais 7 ans lorsque je suis allé voir mon tout premier match de Millwall, c’était en 1987. J’adorais le football depuis des années mais je n’avais jamais eu l’occasion d’aller voir un match car mon père n’aimait le foot du tout. Mais peu importe, du côté de la famille de ma mère, Millwall était le club de cœur depuis les années 1900. En voyant mon amour pour le football, mon grand-père et mon oncle m’ont emmené au Den (The Den est le stade de Millwall). Ce jour-là, on avait fait match nul 1-1 contre nos rivaux de Crystal Palace, l’ambiance du stade était incroyable et en fin de saison on a été promu en Premier League. Le reste comme on dit, appartient à l’histoire.

– Millwall v Arsenal 1993 –

– Que rend ce club si spécial ?

Je pense que ce que rend Millwall si spécial et certainement très différent des autres clubs anglais, c’est l’endroit où l’équipe joue. Millwall est situé dans les quartiers déshérités du sud de Londres ce qui rend le club à part. La zone située autour du stade est tristement célèbre pour avoir vu naître les pires gangsters et braqueurs de banque mais aussi les plus grands champions de boxe et les meilleurs militaires que l’Angleterre n’ait jamais connu. Les fans de Millwall, vous l’aurez deviné, sont donc des durs à cuire élevés aux lois de la rue.

On peut ajouter à cela que le club est entouré par les meilleurs équipes du Royaume tel que Chelsea, Arsenal et Tottenham, il y aussi les équipes comme West Ham, Charlton et Crystal Palace qui sont très aimées, ce qui rend les quelques 10/15000 personnes qui supportent le club très passionnées et dures de tête.
Millwall est bien plus qu’un simple club de foot, c’est un véritable point de convergence pour la classe ouvrière du sud de Londres.

– Le derby, le vrai –

– Le club est en Championship (Ligue 2) depuis la saison 2010/11, que penses-tu de leur début de saison ?

Millwall est un club que l’on peut appeler en anglais « Yo-yo club », cela veut dire qu’ils descendent, puis montent, puis redescendent, c’est un club très inconstant. Notre première saison en Championship était plutôt bonne à vrai dire, on flirtait avec les play-offs pendant un moment mais quand tu es à la lutte avec des clubs comme West Ham qui a des moyens supérieurs grâce à l’argent remporté en Premier League c’est très difficile de rivaliser. Depuis cette époque, nous sommes plus une équipe de milieu de tableau qui sait poser problèmes aux grosses équipes mais perd contre les petits, c’est ce statut qui nous a toujours collé à la peau depuis des années.

– Parfois ça gagne, et c’est beau –

– Peux-tu nous en dire un peu plus sur l’histoire de Millwall ?

Même en Angleterre pas beaucoup de gens savent ça mais on a été un des clubs pionniers dans le sud du pays. Nous avons pavé la route à ceux qui sont à l’heure actuelle les grosses écuries du championnat comme Arsenal, Chelsea ou Tottenham. Quand le club a été fondé, Millwall avait le soutien des « dockers » d’où le surnom de l’équipe, mais étant le meilleur club de la capitale au début du 19e siècle, battant les plus gros clubs du nord du pays, les tabloïds les avaient surnommé The Lions, ça restera comme le surnom du club.

Et grâce aux supporters passionnés de Millwall et aux footballeurs solides que nous avons eu, nous sommes le seul club en Angleterre à avoir été invaincu à domicile pendant toute une saison à cinq reprises et dans quatre divisions différentes, y compris 59 matchs à domicile sans défaite qui a duré deux ans et demi.

Autres records intéressants qu’enregistre Millwall, nous étions le premier club en Angleterre à avoir un régime de communauté et pouvoir travailler avec et être parrainé par notre conseil local (Lewisham) et de pouvoir jouer le dimanche (à domicile face à Fulham). Millwall a également obtenu le plus grand nombre de supporters officiels dans l’ancien (49 500 fans) et nouveau (49 000 fans) Wembley.

– Entrée de la forteresse –

– En France, Millwall est plus réputé pour le hooliganisme que pour le football. Le ressenti est-il le même au Royaume Uni ? Qu’en penses-tu ? la violence a-t-elle complètement disparu du Royaume ?

À Millwall nous disons que nous sommes le plus grand des petits clubs car tout le monde parle de nous, mais pas pour nos performances sportives.

En Angleterre, Millwall sera toujours associé au hooliganisme car la zone où joue l’équipe est réputée pour être très hostile et tous les journaux locaux du pays sont basés dans le secteur. Ce qui veut dire que s’il y a quelconques débordements sur ou en dehors du terrain, l’info sera de suite relayée dans la presse le lendemain, mais si des incidents éclatent à Burnley ou Middlesbrough par exemple, personne n’en entendra parler car les villes se situent de l’autre côté du pays et la presse locale, ne voulant pas salir l’image de leurs clubs, se tairont.

Il est aussi plus facile d’écrire de gros articles sur les débordements à Millwall car les gens, pas seulement les fans de football, savent que nous avons de violents hooligans et l’histoire se vendra plus facilement. Alors qu’un club comme Manchester United, qui a également de violents hooligans, fera parler de lui dans la presse pour ses bons résultats et ses excellents joueurs.

Ça ne me dérange pas plus que ça que Millwall soit associé au hooliganisme car après tout, notre chant qui nous qualifie le mieux est « No one likes us, we don’t care » (personne ne nous aime, on s’en fout).

La violence dans le football anglais n’a pas disparue, au contraire dans les divisions inferieures elle ne fait qu’empirer. Mais ce n’est pas non plus comme dans les années 70’ ou 80’ où la violence apparaissait dans et dehors des stades, aujourd’hui les « fights » se déroulent à des dizaines kilomètres des stades et seulement les vrais tapeurs y prennent parti. À l’époque les problèmes venaient à toi, aujourd’hui il faut aller les chercher.

– Un stade de football en Angleterre en 2014 est-il sans risque ? Y amènerais-tu ton enfant ?

Comme je t’ai dit, à l’heure actuelle, il n’y a que très rarement des problèmes dans un stade et pratiquement jamais en dehors. On m’amenait au stade durant la pire décennie en ce qui concernait la violence dans le football et dans le stade le plus dangereux, je suis toujours vivant apparemment donc bon (rires). Alors oui, j’amènerais mon enfant sans problèmes à un match de foot aujourd’hui… Bon peut-être pas un Millwall v West Ham (rires), mais n’importe quel autre match sans soucis. La présence policière est telle, qu’un stade de football est plus sécurisé que les boites de nuits ou les pubs un vendredi ou samedi soir.

– Raconte nous un de tes meilleurs souvenirs en déplacement …

Un de mes déplacements préférés reste celui lorsque nous avons essayé d’obtenir notre billet pour une montée en seconde division, maintenant connue sous le nom League One. Millwall avait souffert administrativement et nous avons dû reconstruire l’équipe à l’aide de jeunes joueurs. Heureusement ces jeunes joueurs étaient des gens comme Tim Cahill, Lucas Neill et Steven Reid etc. Nous avons joué Cambridge United loin de nos terres un mardi soir et nous étions environ 4000, c’était une très bonne ambiance et sur le terrain, nous les avons laminé 5-1, j’avais alors pu assister au plus beau « hat-trick » que j’ai jamais vu, qui comprenait une reprise de volée, une tête smashée et un vrai chef d’œuvre par Paul Ifill. Il y avait encore trois matchs à disputer jusqu’à la fin de la saison, mais nous savions alors que personne ne serait en mesure de nous arrêter, et personne ne l’a fait. Ce fut un voyage incroyable pour le club car nous étions presque morts quelques jours avant (le club avait failli déposer le bilan), mais nous avons su nous reconstruire avec de jeunes joueurs affamés. Cela fût une très grande fête et certainement mon meilleur souvenir.

– Contrairement à la France, le mouvement ultras est quasi inexistant en Angleterre. Crystal Palace est le seul club qui a un groupe ultras, comment l’expliques-tu ?

Je pense que la culture du football anglais est si vieille qu’il est très difficile pour les autres mouvements de le rattraper. Les Anglais n’ont jamais aimé les mouvements organisés pour soutenir leurs équipes. Nous sommes une île et nous aimons être spontanés et individuels. L’idée d’avoir à se réunir, de faire des banderoles et de créer des chants est totalement étranger aux fans de football anglais. En Angleterre, le football c’est rencontrer ses amis et sa famille dans un pub, boire des pintes et débattre du match, que ce soit les fans ou les joueurs adverses. Rien de planifié et d’organisé.

Je pense que la raison pour laquelle Crystal Palace ont adopté ce mouvement, c’est parce qu’ils ont toujours été parmi les fans les plus silencieux et calmes, et qu’ils appartenaient à la classe moyenne urbaine. Par conséquent, ce qui leur donne une chance de se réinventer en tant que quelque chose de différent. Cependant, beaucoup d’autres fans anglais rient et pense qu’ils sont un peu étranges. Les jeunes fans pensent que c’est pas mal, mais seulement pour les clubs les plus urbains comme Reading ou Watford, plutôt que les grandes villes comme Birmingham City ou Leeds United.

– Les prix des places en Premier League ne font qu’augmenter, qu’en est-il de la Championship ?

Les clubs de football en Angleterre savent que ce sport est un mode de vie dans ce pays. Dans quel autre pays vous pouvez voir 15000 supporters en 4e division suivre leur équipe de cœur tous les weekends ? Et en plus de ça leur club est souvent mauvais. Portsmouth a eu le soutien de plus de 8000 supporters lors de la saison dernière où ils ont failli être rayé de tout championnat de football dans le pays, même Bristol City qui n’est plus dans un championnat officiel a un soutien de 6 à 8000 fans à tous les matchs. Le prix d’un ticket pour voir ces équipes est plus cher que celui d’un match pour voir le Barça, et pourtant les gens continuent d’y mettre le prix.
Même les clubs comme Oldham City qui lutte pour le maintien en League One depuis des dizaines années et qui est voisin des deux plus grands clubs anglais (Manchester United et City) est supporté par plus de 5000 fans. Le club en tire profit logiquement.

Cependant, le gouvernement a dit quelque chose qui doit se produire sur le prix des billets, car ils devancent l’inflation, ce qui signifie que les prix sont à la hausse, mais les salaires ne le sont pas. Pour être honnête, beaucoup de clubs essaient maintenant de faire des tarifs à bas prix pour les enfants car ils savent que ces derniers sont la prochaine génération de fans. Mais tant que les clubs obtiennent toujours de bonnes affluences je ne peux pas imaginer les prix des places pour les adultes diminuer pendant un certain temps encore.

Propos recueillis et traduis par Elias Baxter

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Article rédigé par un ancien rédacteur qui ne fait malheureusement plus partie de la Team. Pour des raisons d'optimisation, ces articles sont transférés sur un compte unique au nom de Wallabet. Nous tenons tout de même à remercier le rédacteur qui a rédigé ce billet.

1 Commentaire
  • PL
    19 octobre 2014 at 22 h 53 min

    Interview très intéressant et instruisant pleins des anecdotes et informations vu et vécu par un vrai fan…

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